• Financer durablement la filière de l’agroalimentaire

    A man carrying a child on his shoulders looks towards a field with cows
    #Transition verte #Business #Gestion d'actifs
    Publié le 02/12/21

    D’ici à 2050, la planète comptera 10 milliards d’habitants. Pouvoir nourrir l’ensemble des populations, mieux gérer des ressources fragiles et limitées, et prendre conscience du gaspillage alimentaire sont donc au cœur des préoccupations. En effet, l’agriculture intensive est responsable de la disparition de nombreuses espèces et milieux, et consomme 70 % des prélèvements d’eau douce dans le monde. L’équilibre entre biodiversité et agroalimentaire est délicat : les impacts sont disséminés dans toute la chaîne de valeurs depuis la production jusqu’à la consommation. Pour accompagner une transition plus responsable, le secteur financier réoriente déjà ses investissements afin de limiter l’impact carbone. Quels sont les enjeux liés à la biodiversité ? Quels impacts ont l’agriculture et la production alimentaire ? Comment peut-on financer une agriculture plus verte et durable ? Deux gérants experts de ces sujets, issus de sociétés de gestion d’actifs affiliées à Natixis Investment Managers, répondent en podcast à nos questions : Etienne Vincent, directeur de la Stratégie Quant et du Marketing chez Ossiam et Isabelle Pajot, Gérante Actions, Thematics AAA Consumer chez Thematics Asset Management.

    • Etienne Vincent
      Etienne
      Vincent

      Directeur de la Stratégie Quant et du Marketing chez Ossiam

    • Isabelle Pajot
      Isabelle
      Pajot

      Gérante Actions, Thematics AAA Consumer chez Thematics Asset Management

    Préserver la biodiversité : les défis de l’agroalimentaire

    L’appauvrissement de la biodiversité représente un risque très important : selon le rapport de l’IPBES en 2019, le taux d’extinction des espèces est sans précédent et s’accélère depuis ces cinquante dernières années. Un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction sur les huit millions estimées sur Terre et plus de 60 % des populations d’animaux sauvages ont disparu au cours des 40 dernières années selon la WWF. L’une des premières menaces est liée à l’activité humaine avec l’agriculture intensive et la filière agroalimentaire qui exploitent les ressources de la planète. Les risques sont multiples : dégradation de la qualité des ressources et des milieux, explosion des maladies infectieuses, risques géopolitiques, changement climatique, etc. L’impact carbone de la filière de l’agroalimentaire est également important. Il se mesure à toutes les étapes, depuis la production jusqu’à la distribution où l’on parle de « carbone importé » avec la pollution liée au transport et à l’exportation alimentaire.

    La filière agroalimentaire impacte donc la biodiversité de façon considérable, à différents niveaux, que ce soit du point de vue génétique, des espèces et des écosystèmes. Par exemple, le rôle pollinisateur des abeilles est vital dans la production agricole. Sans elles, 70 des 100 premières ressources agricoles consommées par l’humanité n’existeraient pas.

    La consommation alimentaire joue également un rôle dans la dégradation de la biodiversité. La production de protéines animales est croissante ces dernières années. Or, elle requiert de vastes surfaces agricoles comme la mise en production de champs de soja pour nourrir les bétails. Il faut compter entre six à dix fois plus de protéines végétales pour produire des protéines animales. Cet effet multiplicateur est dévastateur si l’on considère que l’équivalent d’un terrain de football d’arbres est déforesté toutes les six secondes dans le monde. Entre 1990 et 2020, la Terre a perdu, en surface nette, 180 millions d’hectares de forêts, soit trois fois la taille de la France. Pour enrayer la « déforestation importée », la Commission européenne a publié en novembre 2021 un nouveau projet de règlement pour interdire la commercialisation dans le marché unique de l'Union européenne de produits issus du défrichement et de la dégradation des forêts : cela concerne le soja, l'huile de palme, le cacao, le café, le bœuf et le bois, ainsi que certains produits dérivés comme le cuir ou l’ameublement. Au-delà de la déforestation, la protection des sols et l’accès à l’eau comptent également parmi les principaux défis soulevés par l’agriculture responsable.


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    Une finance diversifiée au service de l’agroalimentaire responsable

    Sous le prisme de la finance, l’agroalimentaire est une filière restreinte en termes de capitalisation sur les marchés. Cependant, elle comporte de nombreuses parties prenantes depuis les producteurs, les distributeurs, jusqu’aux entreprises et aux grands groupes associés au secteur de l’agroalimentaire.

    Des fonds spécialisés avec des approches différentes existent pour répondre aux divers besoins des investissements. Parmi eux, les fonds thématiques de Thematics Asset Management qui vont regrouper des entreprises et des grands groupes liés aux univers de la consommation, de la production et de la distribution alimentaire. Les tendances de long terme telles que les évolutions démographiques, les changements de préférence des consommateurs et les innovations technologiques sont prises en compte pour choisir les portefeuilles d’entreprises. Pour s’assurer de pouvoir proposer des fonds plus respectueux, une sélection rigoureuse des entreprises est opérée selon des critères extra-financiers avec l’analyse de leurs stratégies et de leurs politiques environnementale, sociétale et de gouvernance (ESG). Cette démarche pousse les grandes entreprises à travailler sur leurs emballages par exemple, en favorisant de nouveaux contenants ou un meilleur recyclage des matériaux.  

    D’autres fonds proposent une approche défensive fondée sur des indicateurs d’impact sur la biodiversité auxquels répondent ou non les entreprises : on parle alors d’investissement à impact. Par exemple, Ossiam est partenaire d’une start-up française Iceberg Data Lab, qui a mis au point une mesure de la biodiversité dans les actions des entreprises sur les marchés financiers. Sur cette base, ils bâtissent un portefeuille qui vise à minimiser l’impact direct de la production alimentaire sur la biodiversité. Les approches d’investissements responsables dans l’agroalimentaire sont donc variées pour fournir des offres adaptées et durables aux investisseurs.

     

    L’adoption d’une approche durable par l’ensemble des acteurs

    Tous les acteurs sont concernés par les enjeux d’une agriculture plus responsable. En premier lieu, les producteurs et les distributeurs alimentaires peuvent y contribuer et adopter une démarche plus éthique en rendant les produits plus propres, plus sains et plus équilibrés à la fois pour les consommateurs et pour la planète. Par exemple, les chaînes de grande distribution font de plus en plus la promotion des protéines végétales à la place des protéines animales émerge dernièrement pour réduire les impacts carbone liés à la production de viande.

    Puis, la responsabilisation des entreprises et des grands groupes en particulier passe par l’accompagnement et le dialogue avec les sociétés de gestion d’actifs sur les sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance à travers le vote dans les assemblées générales, le lobbying, et des démarches collectives ou régulatoires. Ces actions poussent les entreprises à formaliser des plans d’action crédibles et mesurables selon des objectifs ESG.

    Enfin, l’adhésion et l’engagement des consommateurs est progressive : les comportements changent sensiblement en faveur de produits issus de l’agriculture équitable et biologique ou produits localement. La prise de conscience collective s’est développée car les consommateurs sont préoccupés par leur santé personnelle, la préservation de l’environnement, ou encore par la recherche d’une meilleure répartition des ressources.

    La biodiversité est un outil au service d’une agriculture économiquement performante et respectueuse de l’environnement.

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